Le jury chargé de désigner le couteau de l’année organisé dans le cadre de la 20e édition du Salon du couteau d’art Coutellia à Thiers le samedi 22 mai 2010, a longuement délibéré pour établir l’ordre du tiercé gagnant. Le thème ’Mon premier couteau’ a donné lieu à des interprétations aussi diverses et riches que le nombre d’artistes participants.
Un concours de très haute volée
26 couteliers d’art avaient souhaité soumettre une oeuvre à l’appréciation d’un jury d’experts, dont Toshiro Doke, vice-maire de Séki (Japon), et présidé par Gilles Richard -l’un des membres de la Jeune Chambre Economique de Thiers, créatrice de Coutellia-.
Le jury a tout d’abord présélectionné 12 couteaux. Lors de la seconde délibération, trois couteaux sont ressortis du lot. Et ce n’est qu’à la troisième délibération que l’ordre a été défini.
Le premier prix a été décerné à un coutelier thiernois, Jean-Pierre Vesseyre qui, pour expliquer sa démarche, évoque les pensions et autres colonies de vacances qui ont rythmé son enfance : « Dieu merci, en ces temps reculés, les couteaux (canifs) étaient non seulement autorisés mais nécessaires ! Ma grand-mère m’offrait donc des canifs multi- pièces, il était inconcevable de n’avoir qu’une lame ! Quelques 50 ans plus tard, j’essaie de me remémorer ce premier couteau. Il était certainement plus simple mais c’est sûrement comme cela que je l’aurais souhaité. Toutes les lames sont en Damas, le tire bouchon est en acier pour raison de solidité. Le ressort et les platines sont en inox, gravés au burin. Les mitres en Damas mosaïque brasées à l’argent. Les cotes sont en croute Ivoire fossile. Oui, le temps passe. Et ce qui différencie l’Homme de l’Enfant, c’est le prix de ses jouets ! ».
Le deuxième prix a été attribué à Koji Hara, coutelier à Seki, pour son couteau baptisé le Makie-Dragon, pour « combiner la haute technologie avec la tradition japonaise pour créer un couteau moderne et ancien. Thiers est le deuxième salon auquel je participe en France, le premier dans lequel je concours. Je suis très heureux d’avoir reçu cette reconnaissance. J’ai été très étonné de trouver autant de densité de savoir-faire dans un espace restreint qui accueille des visiteurs, amateurs de couteaux et réels connaisseurs. Ils ont
tous un oeil averti capable de distinguer très rapidement une lame de qualité d’une création ordinaire. Je suis venu à Thiers pour nouer des liens entre Thiers et Seki et serai très heureux de pouvoir revenir lors d’une prochaine édition ».
Le troisième prix est revenu à Charles Bennica, installé à Moules (34), pour le Vesuvio.
« Mon premier couteau était droit (lame fixe). J’y reviens donc en présentant ce couteau intégral, un peu particulier, car j’y ai ajouté une difficulté supplémentaire : l’interframe. Il en découle une forme pure et simple qui ne doit pas faire oublier la complexité et la rigueur du travail. La principale difficulté réside dans la finition. En effet, le polissage doit se faire sur une dureté de 60 HRC, car le couteau entier est trempé au préalable. La simplicité de ce couteau cache en réalité un important travail manuel. Et c’est bien dans celui-ci que s’expriment mon savoir-faire et mon plaisir ». Charles Bennica, présent sur Coutellia depuis 20 ans, a également été le gagnant du premier concours organisé par la CCI de Thiers, dans le cadre de Coutellia, sur le thème « Le tire-bouchon ».
Toshiro Doke, vice-maire de Séki, très honoré d’être membre de ce jury, a été soulagé à l’annonce des résultats car il avait donné les mêmes vainqueurs, bien que dans un ordre différent ! Il est « heureux pour Koji Hara, bien sûr, mais avec une petite pointe de regret qu’il n’ait pas eu le premier prix !! ». Il invite les couteliers thiernois à venir exposer sur le Salon du couteau d’art qui se tiendra les 9 et 10 octobre 2010 à Seki, car, au vu de la grande qualité des couteaux exposés à Thiers, il est certain de l’accueil qui leur sera fait.
Ils pourront également participer à un concours. Il lance ainsi une invitation à la municipalité thiernoise en étant persuadé que : « si les traditions coutelières thiernoises et japonaises sont différentes, elles peuvent être source, comme pour la cuisine, de discussions et d’échanges enrichissants ».