Un anarchiste à Paris - I

Fernand Planche : émouleur et écrivain
par Georges THERRE

L’intermède militaire

Cette soif d’aventures, Fernand l’a eue de bonne heure. Au début de la guerre, dans un mouvement d’enthousiasme, il était parti avec un régiment qui passait, et, déguisé en soldat, par des appelés farceurs et inconscients, il s’était retrouvé devant la frontière des Vosges ! Heureusement, un officier le remit aux gendarmes et le fit ramener chez lui. Fernand évoque cette escapade dans Durolle et aussi dans un tract de 1932.
Mais la guerre est maintenant finie et Fernand, impressionné par les deuils qu’elle a provoqués, et déjà attiré par la presse pacifiste, n’a plus aucun enthousiasme quand le service militaire le réclame. Il est affecté d’abord à Dijon, puis en Rhénanie, à Ingelheim, dans l’aviation. Il ne se plaint pas, laisse entendre à la famille Barge qu’il est « peinard ».
Mais la misère des Allemands prolongée par l’occupation l’émeut, et il quitte l’armée résolument antimilitariste.

Un anarchiste à Paris

A Paris, Fernand Planche va pouvoir donner sa pleine mesure. Il va à la rencontre des livres, ceux qu’on a peu de chance de rencontrer chez les petits libraires de province, ceux qui sont interdits, ou mal tolérés, ou ignorés, tout ce qu’on appelle la « littérature sociale », à travers les grands théoriciens ou figures historiques du XIX ème siècle, Proudhon, Marx, Bakounine, Kropotkine, Sébastien Faure, Luise Michel, Séverine, Charles Malato. En même temps, il découvre la littérature tout court, lit Molière, Zola, Balzac, et aussi ses contemporains : Maeterlinck, H.G. Wells, Joseph Delteil, Knut Hamsun, Dorgeles ; il lit tous les romanciers importants entre les deux guerres, L.F. Céline, Cendras. Il ne fait pas que lire, il fréquente d’innombrables poètes, penseurs, journaliste théoriciens attachés de près ou de loin aux idées libertaires et il correspond avec eux : E. Armand, individualiste farouche, Lorulot, laïque plus qu’intransigeant, Lacaze-Duthiers, Marcand, pacifiste catholique, plus tard Louis Lecoin, qui passe la plus grande partie de sa vie en prison comme réfractaire. La presse anarchiste d’alors s’intéresse à tout ce qui a pignon sur rue dans notre littérature seulement ces dernières années : l’amour libre, le naturisme, l’objection de conscience, l’antiracisme, l’anticolonialisme. Il y a là une fermentation d’idées incroyables, autour de certains foins lettrés, auteurs considérables que nul ne peut ignorer , Hans Ryner, par exemple, qui présente Socrate comme un anarchiste que Platon a trahi et « récupéré ». Fernand avec un enthousiasme et un culot assez remarquable pour un si jeune homme, milite ardemment et ne craint pas d’animer des réunions contradictoires à 24 ans et de Rédiger lui-même des comptes rendus qui paraissent dans Le Libertaire. A cette époque, il habite Billancourt 59, rue de Saint-Cloud. Un peu plus tard, en 1926, il songe à se mettre à son compte. Tout naturellement, il fait appel à sa famille thiernoise, et ce sont ses cousins Chaput et Barge (père de René Barge) qui viennent l’aider à construire son magasin, 42, rue de Meudon, à Billancourt. Son enseigne « Comptoir Thiers-Saint-Etienne ». Ceux qui connaissent nos artisans couteliers émouleurs et polisseurs savent que les meilleurs sont capables, pour compléter leurs métiers, de construire eux-mêmes leurs machines, leurs outils, de savoir tout faire de leurs mains. C’est le cas de Fernand Planche. Voici ses spécialités :
- Repassage rasoirs, bistouris, ciseaux et tous instruments tranchants.
- Réparations garanties : montres, pendules, réveils, carillons, régulateurs.
- Chauffage, éclairage, maroquinerie, électricité, pêche, coutellerie, outillage, parfumerie, encadrements, horlogerie, bijouterie, articles de ménage.





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