Erreur inconnue ! Appuyer sur échappement ou redémarrer la machine - II Chapitre deuxième et unique, d’ailleurs !
Ha ! Gérard : un sacré gaillard. Déjà attiré par les moteurs. Sans rire : il a son propre cyclomoteur qu’il bichonne comme une jeune mariée. Il a presque l’âge légal pour rouler, à une petite année près. Il est tout autant attiré par les filles, qu’il pomponne comme si ç’étaient des mobylettes. Il dégage un charme fou auprès des gonzesses.
***
Jeudi matin, repos scolaire de la mi-semaine. Erik et moi faisons des ’tests’ dans ’l’usine’, l’ancienne fabrique Saint-Gobain, isolée, immense, désaffectée et en ruines. Cet endroit est assez sinistre, entouré de bacs à acide, vides évidemment, enfin vides de leur acide. Car, au niveau de la flore et de la faune, depuis la fin de la guerre, la nature y a repris ses droits. Des futures grenouilles, des anciens têtards, des salamandres… Ce sont nos viviers pour les sciences naturelles.
Nous effectuons donc les ’essais’ d’une petite fusée que j’ai bricolée. J’ai toujours Erik à mes basques. Il dissèque mes moindres gestes. Il pose des questions, uniquement quand il n’en peut plus de contenir ses interrogations sur mes manipulations. Moi, j’ai toutes les réponses :
* Soit elles sortent de ’Système D’, auquel je suis abonné de manière indirecte : maman me ramène systématiquement ceux du fils de sa patronne, après qu’il les ait survolés. J’ai une excellente mémoire, je peux ressortir l’essentiel des textes de tête.
* Soit je brode quand, d’aventure, je sèche : j’ai de l’imagination
* Soit, le plus souvent, j’envoie Erik paître purement et simplement : j’ai assez mauvais caractère avec les gens dont je n’ai pas grand chose à craindre.
Nous avons vidé de leur poudre un chapelet d’une trentaine de balles trouvées par Erik près d’un trou de bombe. La ’fusée’ est faite de bric et de broc. Nous en sommes au stade de la mise à feu.quand, tiens, justement, j’en parlais à l’instant, voilà mon Gérard qui arrive. Il passe la tête par le trou permettant l’accès au bac à acide. Il n’est pas seul. Juste derrière, quelqu’un le suit. C’EST UNE FILLE.
"Salut, les deux. Ça, c’est Inès.", qu’il nous fait dès l’entrée. Franchement, ce n’est qu’à Inès que l’on doit l’élan spontané de se rapprocher vite pour saluer Gérard. Et heureusement ! Quelle explosion ! A l’endroit où nous nous tenions au départ, ça a fait de ces dégâts ! Quelques secondes passent, indispensables pour tenter plusieurs réactions :
- laisser retomber nos rythmes cardiaques
- faire le point et essayer de comprendre
- donner quelques explications aux arrivants
- nous rendre compte de ce à quoi nous venons d’échapper.
Du fond de nos assourdissements bruyants, Inès, que nous connaissons de vue sans nous avoir jamais adressé la parole, nous balance :
"Et bien, pour une fois, j’ai été utile, en aimant à cons."