Le Creux de l’Enfer

Situé dans le site pittoresque de la Vallée des usines, le Creux de l’enfer est une friche industrielle, une ancienne coutellerie devenue en 1988 centre d’art contemporain.

C’est un lieu actif de productions artistiques au programme d’expositions audacieux, incluant sculpture, installation, peinture et photographie. Avec quinze ouvrages réalisés depuis 2000, le centre d’art édite encore, avec l’aide de partenaires, une collection en livre de poche intitulée "Mes pas à faire au Creux de l’enfer ". Il propose des artistes d’envergure internationale et nationale, tout en mettant, une fois par an, sa notoriété au service de jeunes artistes issus et formés à proximité de son territoire dans une exposition annuelle intitulée "Les enfants du sabbat".

Histoire d’un site, mémoire d’un centre d’art

Du “rocher saint Genès” au Centre d’art contemporain, le Creux de l’enfer
Par Frédéric Bouglé, directeur du Creux de l’enfer

"Si, en philosophie, c’est dans le miroir de la mort que la vie prend tout son sens, l’existence du Creux de l’enfer commencerait, elle, avec la disparition tragique de saint Genès1. D’après Grégoire de Tours il fut en effet décapité sur un rocher bien en vue dans la vallée de la Durolle, en un lieu si marquant du torrent que les gens d’ici, thiernois ou bitords, l’appelaient “le rocher de l’enfer”. Un saint qui depuis serait souvent associé à l’eau. L’imagination des anciens, peuplée longtemps de souvenirs païens, se complaisait, il est vrai, à créer des légendes. Quoi qu’il en soit ce rocher proéminent existe vraiment, de même que la première fabrique recensée venue s’installer à son pied. Il s’agissait d’un rouet à émoudre les couteaux appartenant à un certain Jehan Ahon Florat, et qui était déjà en place sans qu’on sache depuis quand, en 1476. C’est bien en premier lieu ce rocher noir et ithyphallique, le roc de la fadas ou “rocher des fées”, avec à son pied la chute d’eau de la pélière2, qui attirèrent l’attention des riverains dans un site aussi austère. Mais c’est aussi en hommage aux fées revêches et bienfaisantes hantant la crypte sous la cascade que le site fut baptisé dans son entier “Le gour de la fadas” ou “Creux des fées” ; et cela à une époque où le bas et le haut, le mal et le bien, le profane et le sacré n’étaient pas connotés par avance. Au XVII e siècle, par contre, contre-réforme oblige, le creux sera attribué au mal, et la chute d’eau devint le logement du diable. Dans le roman de George Sand, La ville noire, rédigé en 1860, un des premiers récits romanesques sur la vie laborieuse des ouvriers du XIX e siècle, (écrit 25 ans avant Germinal, d’Emile Zola) le site se fait encore appeler “le val d’enfer”, “le trou-d’enfer”, “le Saint-enfer”, “le passage des fées”, et se voit même nommé « au bord du saut d’enfer ». Le rocher, quant à lui, fut placé avec bienveillance sous la sauvegarde de son saint à la tête tranchée, une croix plantée un temps sur sa cime en billot plat. Le nom « le Creux de l’enfer » s’imposa alors sur tout le site. Au fil du temps, quand le rouet s’éleva en usine et prit de l’importance, la construction sacrifia en grande partie la vue sur le rocher. Celui-ci n’en resta pas moins là, sa tête encore émergente, même si l’architecture du bâtiment s’y adossait à son corps défendant. L’usine du Creux de l’enfer, située près de celle Du May3, brûla plusieurs fois, et toujours à la nuit tombée, comme pour mieux fixer l’imagination populaire dans l’odeur du soufre. Une femme et ses enfants, dit-on, se jetèrent même dans les tourbillons du torrent pour échapper aux morsures des flammes. "

Découvrez la suite, et le calendrier des expositions sur leur site Internet !



Le site du Creux de l’Enfer

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