Le Grand voyage

Fernand Planche : émouleur et écrivain
par Georges THERRE

Nous passerons plus vite sur le dernier tiers de l’existence de Fernand Planche, bien que nous ayons une ample moisson de renseignements, en particulier grâce à sa correspondance avec ses amis libertaires, mais cette période vaudrait à elle seule une conférence.
Tout commence par un voyage merveilleux. Fernand et Laure s’embarquent à bord d’un cargo, à la fin de l’année 1950. Ils traversent d’abord la Méditerranée, passent quatre jours à Alger. Puis ils vient successivement Gibraltar, la Guadeloupe, la Martinique, Panama, Curaçao, Tahiti, où ils mangent chez les frères Bernard, des thiernois, et enfin la Nouvelle-Calédonie. 64 jours de voyage !
Ne croyez pas que Fernand Planche débarque les mains dans les poches, sans projets. Il amène avec lui une machine à fabriquer des parpaings, sur laquelle il fonde de vastes espoirs. Et aussi 37 caisses de choses diverses, surtout de la coutellerie. On lui a d’ailleurs volé des couteaux de poche et des couteaux de table en route ; Fernand compte d’abord s’occuper à la fois de ses parpaings et de ses couteaux. Mais la vie lui réserve bien des malheurs : il ne parvient pas à se servir convenablement de sa machine à parpaings, il fait appel à M. Martinez, un ami maçon à Clermont qui a bien failli le rejoindre à Nouméa, mais a fini par y renoncer, et la coutellerie ne peut faire vivre son homme là-bas ; et surtout, Laure, déjà très abattue à son départ, sombre bientôt dans la folie, au point qu’elle devra être internée, et mourra séparée de son compagnon qui la visite pendant des années.
Mais rien n’abat cet homme dynamique : il vit dans le culte de Louise Michel sur les lieux mêmes où elle a vécu, se met à défendre les ouvriers des mines de nickel, lie amitié avec les immigrés chinois et javanais, publie un petit journal ronéotypé où il donne la parole à tous ces exploités. On n’avait jamais vu ça dans ce pays de gros colons ! Le juge Demoure, originaire de Thiers, découvre avec stupeur ce compatriote remuant et se montre compréhensif avec lui.
Oui, mais de quoi vit-il ?
Là encore, sa solution est déroutante : bien sûr, il vend des couteaux, sa maison porte une grande plaque : Le Diamant du Boucher marque qui existe toujours à la maison Gouttebarge aux Sarraix. Mais surtout, cet homme qui a désormais 50 ans passés, devient du jour au lendemain pêcheur de coquillages, il plonge près des bancs de coraux, apprend à classer ses trouvailles, il a bientôt 1500 clients dans les cinq parties du monde, entasse chez lui 20 tonnes de coquillages, en expédie des caisses à ses amis, à Rémy Dugne, aux cousins Barge, à cent autres. En fait, il est en train de faire fortune quand une crise commerciale, fait pratiquement disparaître le marché des coquillages et dévalorise complètement son stock qui, par ailleurs, répand une odeur épouvantable.





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