Les familles, polies, tiquent - II Auteur : Philippe Démotier
Licence : Licence Art Libre
ISBN : 978-2-35209-027-4
Catégorie : Roman, humour
Mercredi 4, 23h 57, Paris, France .
Madame Impérial ! La copine de Monsieur Batave ! Une si jolie femme !
Tellement belle qu’on l’aurait bien vue en couple avec Monsieur d’Avilicolore, notre Premier Ministre. Elle est morte comment, de quoi ? Le chef a dit ’vient d’être tuée’, je crois ! Mais c’est dingue ! Deux dans la semaine ! Elle s’e st fait couper les membres, elle aussi ? Ce serait dommage : de si jolies mains !
Ce n’est qu’un aperçu très succinct des questions qui agitent mes pensées pendant mon déplacement jusqu’au journal. Comme à chaque fois que j’ai besoin de me concentrer ou de m’isoler, je me suis mis sur les oreilles les écouteurs de mon baladeur MP3 qui me restituent, doucement, en fond mélodieux, le ’Echoes’ extrait du ’Meddle ’composé par le Pink Floyd.
J’ai emprunté le scooter de Bruno. Il n’est pas à Paris, il n’en aura pas besoin. A ces heures, je ne crains pas trop les bouchons, mais il fait bon et j’avais besoin de me réoxygéner aux gaz d’échappements. Y’a rien de tel que le contact direct avec la nature.
J’arrive sur mon lieu de travail. Direction le bureau d’Hugo Boss, pardon, du gros boss, directement. Une ébullition collective identique à celle rencontrée pour Lenem se dégage dés l’entrée dans les locaux, avec quelques degrés de plus, si c’est possible. Je croise dix collègues. Dix fois, il m’est demandé si je connais la nouvelle. Toujours cette envie d’être le premier à jouer de l’effet d’annonce. Tiens, j’allais oublier de prévenir Bruno ! Je lui envoie un SMS. Pas de temps à perdre en parlottes. Je tape le message fiévreusement, en marchant. Je vérifie à l’écran la cohérence de ce que j’écris. Au moment de le balancer, je m’aperçois que, horreur et damnation sur moi, j’ai composé tous les mots en entier et sans une faute. La honte ! Voilà ce que c’est que de vouloir jouer les jeunes quand on est de la vieille école ! Annuler. Recommencer. Ah ! La précipitation, je vous jure ! Réécriture, envoi. Encore une bonne chose de faite.
J’entre dans "l’aquarium " du big chief, sans même frapper. En pleine consultation d’archives et surpris par mon irruption, il sursaute. Et cent cinquante kilos qui soubresautent, c’est un bon crash test de chaise. Ce qui détonne, chez cet homme, c’est la disproportion entre un corps massif et une tête pour ainsi dire d’homme élancé. J’attaque sec :
- C’est quoi, cette histoire avec Madame Impérial ?
- C’est pas une histoire, c’est la réalité : elle s’est fait buter en début de soirée, rue de Solfarédo. - Qu’e st ce q u’elle foutait là-bas ?
- J’pense pas que ce soit la bonne question ! Elle s’est fait tirer dessus à sept reprises, tu te rends compte de l’acharnement ? Y’a qu’un mari jaloux pour en arriver là, non ? D’ailleurs, aux dernières nouvelles, Francis Batave est interrogé par la police.