Les familles, polies, tiquent - V Auteur : Philippe Démotier
Licence Art Libre
Catégorie : Roman, humour
Mercredi 11, 07h 0, Paris, Europe
Un affolement incontrôlable m’envahit. Je tente à toute vitesse de réamorcer la source sonore d’informations, mais la précipitation n’aide pas. Je n’y arrive pas. Pire : mon énervement est tel que j’en fais tomber le radio réveil. Je le ramasse à la volée e t le commute. Enfin, la voix de la présentatrice se fait réentendre :
"Marseille battu par Le Mans sept à zéro."
Je saute du lit sans même prendre le temps de fermer le transistor.
Je suis dans un état d’excitation indescriptible. Je précise , pour ceux qui se poseraient la question, que ce n’est pas la victoire du Mans qui me met dans cet état. Non, ce serait plutôt la défaite de Marseille. Mais je m’égare, là n’est pas le problème. La bribe de nouvelle entendue me transcende. Je branche la télé. Rien, sur aucune chaîne. J’appelle au journal. Je tombe sur Garp, un excellent confrère.
- C’est quoi, ce nouveau mort ?
- Du calme, du calme ! Un nouveau mort ? Tu me l’apprends !
- Y’a pas eu un autre abattu, cette nuit ou ce matin ?
- Pas à ma connaissance ! A moins que tu parles du Ministre Irasoudien qui s’est mangé une rafale de mitraillette cette nuit ?
- Un Irasoudien ? Ah mince ! Oui, peut-être, c’est possible !
- Mais c’était dans son pays, ça ! Les dirigeants des autres nations n’ont pas tendance à se précipiter en France pour profiter des abattements actuels.
- T’es sûr qu’il n’y a pas eu d’autre catastrophe, ces de rnières heures ?
- Ben si : y’a Marseille qui s’en est mangé sept hie r soir.
J’ai coupé la conversation en plein vol. Quand il s’agit d’entendre des conneries, je peux compter sur les collègues !
***
Vendredi 13, 10h00, Paris, Europe
Les obsèques religieuses des deux m ilitants de la Ligue Communiste Révolue n’ont pas eu un grand succès. Dieu reconnaîtra les siens.
J’en ai marre, la tension est insupportable. Bruno me manque de trop. Il me le faut. Contents ou pas, je lâcherai mes collègues en fin d’après-midi pour pouvoir me ressourcer un brin. C’e st vital ! Pour que je renonce à ce projet, il faudrait qu’au minimum tous les membres du gouvernement soient dégommés d’un seul coup.
Ma fatigue est arrivée à un point que vous n’imaginez pas. Nerveusement à plat. Si je m ’écoutais, je laisserais même tomber ce texte, là, comme ça, sans intention de le clore . Rassurez-vous, ce n’est que passager : j’irai au bout ! Déçus ?
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