Les familles, polies, tiquent - VII Auteur : Philippe Démotier
Licence Art Libre
Catégorie : Roman, humour
Nuit du dimanche 15 à lundi 16, je ne sais pas quelle heure il est, Paris, Europe
Nouveau réveil en sursaut. France Info n’y est pour rien. Le fruit de mes cogitations nocturnes, durant mon sommeil, m ’électrise. Je viens de mettre le doigt sur une constatation dont je n’ai vu trace nulle part dans les rapports officiels. Personne, à ma connaissance ne l’a relevée : une caractéristique numérique pourrait servir de lien entre chacun des meurtres. Elle ne peut raisonnablement être mise uniquement sur le fait du hasard. Ce qui m’incite à penser que les agressions sont l’oeuvre de la même personne ou du même groupe. Une suite ’logique’ relie la série d’homicides. Lors de l’attaque contre Jean-Paris Lemem, huit impacts ont été relevés sur le corps. Pour la seconde, Madame Impérial, sept balles furent comptabilisées. Monsieur Baychatain a été atteint par six balles. Et ainsi de suite : cinq faucilles pour Monsieur Bysancemot, quatre pour Madame Laguillerette. Peut-on parler de coïncidence ? Qu’est ce que cela veut dire ? Qu’est ce qu’un cerve au malade a encore inventé pour justifier les actes de son possesseur ?
Et moi, qu’est ce que je fais de ma trouvaille ? En est-ce une ? J’attends confirmation au travers du nombre d’impacts relevés sur la prochaine victime ? J’appelle mon chef à ce pas d’heure pour lui donner une bonne raison de m’engueuler ? Je remonte ma découverte vers les autorités, m’exposant aux éventuelles moqueries qui peuvent en découler ? Ou je dévoile mes soupçons à tonton qui ne voudra jamais me croire ?
Tant pis, je prends mes responsabilités, je téléphone au boss. Malgré mon envie de réveiller Bruno pour lui faire partager ma déduction, je me lève en prenant soin de le laisser dormir. Direction le salon. Mince, j’ai laissé mon portable dans la chambre. Celui de mon ami, en cours de chargement sur la desserte, fera bien l’affai…
Même blocage mental, pour ne pas dire monumental, que le jour où je réfléchissais dans la salle de bains, lors de la découverte de l’appareil. Je cherche instinctivement des yeux mon lecteur MP3. Lui aussi est dans la chambre. Je m’en passerai. D’ailleurs, les premières notes de ’Echoes’ se mettent à couler doucement de ma mémoire. S’isoler et cogiter.
Comment se fait-il que les batteries aient tenu huit jours ou plus, sous le meuble de la salle d’eau, et pas quarante huit heures depuis vendredi ? C’est que le cellulaire venait certainement de tomber de la poche de Bruno, lors de son déshabillage, le soir même, non ? Donc, il ne l’avait pas perdu !