Ma vie de chat

Auteur : Jean-François Meslin
Catégorie : Romans / Nouvelles
Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Ce matin-là, je me réveillai tout bizarre en m’étirant plus qu’à l’accoutumée, pour tout dire, je n’avais pas du tout envie de bouger, je me trouvai bien au chaud en rond sous ma couette. Mais la faim me poussa à me lever, un bol de lait me ferait du bien, mais je me souvins que la veille j’avais terminé la dernière bouteille et j’avais eu la flemme d’aller en chercher une autre à l’épicerie.
Autre signe avant coureur, je décidai de me laisser pousser les moustaches.

Sur le chemin du bureau, je regardai toutes choses avec inquiétude, je sursautai au moindre bruit inhabituel. À la vue d’un gros monsieur avec une tête qui ressemblait à un bouledogue, je me cachai dans l’embrasure d’une porte cochère, mon cœur battant la chamade lorsqu’il me croisa sans me voir, bien qu’il me semblât que le bonhomme renifla comme pour me flairer en passant devant ma cache.

Ce qui me surprit plus encore, en arrivant à mon bureau, moi qui parlais correctement auparavant, je lançais des « chalut » à mes collègues. En apercevant Mademoiselle Fifine, je senti ma gorge vibrer comme des cordes d’une guitare. Elle était belle Mademoiselle Fifine avec ses jambes galbées et ses grands yeux verts langoureux. J’avais une envie folle de me blottir sur ses genoux.

Lors de mon repas, au restaurant d’entreprise, je me gavai de poisson. Moi, qui détestais ça deux jours plus tôt, je le dégustai comme une friandise. Je me pourléchai les babines à grands coups de langue, puis j’humectai ma main de ma salive pour la frotter derrière mon oreille. Je m’arrêtai en apercevant mes voisins de table qui me regardaient d’un drôle d’air.
_ Je crois qu’il va pleuvoir dis-je, pour me donner une contenance.
Je sortis vite du restaurant et retournai dans mon petit bureau.
Je devais travailler sur un important dossier, à rendre le plus rapidement possible. J’avais une irrésistible envie de faire la sieste. Je sentais que je devais faire patte de velours pour demander une augmentation. Avec mes collègues, nous appelions notre patron « le singe » car il avait la tête allongée d’un orang-outan, nous en riions entre nous devant la machine à café, mais nous nous sauvions comme une volée de moineaux lorsque nous l’apercevions déboucher d’un couloir.
Ce soir-là, en rentrant dans mon immeuble, malgré la pénombre, je ne jugeai pas utile d’allumer la minuterie. De ma fenêtre, je regardai la lune et le ciel étoilé avec une envie folle de grimper sur le balcon et par la corniche d’aller faire un tour sur les toits avec cette pensée d’y retrouver une minette où attraper un oiseau. 



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