Mensonges : entrée en matière

Auteur : Fred Leborgne
Catégorie : humour
Licence Art Libre

Ce monde est-il le notre ?
Est-ce celui que l’on souhaite ?

Je ne m’appelle pas Didier Ferment, c’est un pseudonyme, car je tiens à conserver ma tranquillité. J’écris aujourd’hui pour témoigner de ce qui s’est passé dans une entreprise que je ne nommerai pas non plus. Les personnages sont réels, néanmoins certains détails ont été occultés pour ne pas qu’on puisse les reconnaître. Certaines caractéristiques malheureusement sont criantes, mais indispensables pour comprendre ce qui s’est passé. Alors, si jamais vous pensez reconnaître certaines personnes, c’est à mon corps défendant et je ne confirmerai aucune hypothèse.
C’était en 1994. Je venais de réussir brillamment mon BTS Logistique. Et une grande société me confia dés mon arrivée un poste important d’adjoint au service logistique de sa succursale de Bordeaux.
A mon arrivée, le DRH me reçut. Il n’était plus le même que lorsque il m’avait fait passer l’entretien d’embauche. Cette fois, il me souhaitait la bienvenue, me prédisait une excellente carrière et me mettait la pression nécessaire pour que je respecte les objectifs dés la première année. Il me parla peu de mon service, sauf pour insister sur son importance. Il était le point d’entrée et sortie de tous les flux matériels de la boite. Chaque chauffeur, chaque camion devait être rentabilisé au maximum, avec un recours limité aux heures supp et pas de temps perdu. A cette époque, il n’y avait pas de « flexibilité des horaires » qui permettait de faire venir un personnel à dix heures sans lui payer les deux premières heures de la journée ou de ne pas payer en heures supp des heures hors créneaux « rattrapées » sur les heures ouvrables. Une bonne gestion, c’était des dizaines de milliers de francs au bas mot qui étaient économisés.
Pour visiter l’entreprise et me faire connaître, ce fut un vieux chauffeur qui fut désigné, car mon chef hiérarchique, sans adjoint depuis deux mois avait « des cadences infernales » et ne pouvait s’occuper de moi. C’est ainsi que je fis la connaissance de Sébastien, un routard roublard qui essaya de me décoincer un peu. Il avait deux fois et demi mon age, et je devais être son chef. Je choisis l’équilibre qu’il me proposa naturellement, respectueux de la hiérarchie, et moi respectueux de sa personne. Je pense que nous nous appréciâmes d’emblée.
Une société d’import export dispose d’un grand service de commerciaux, d’entrepôts multiples, et de personnels de soutien, qu’ils fassent du secrétariat, du ménage ou de la mécanique de premier niveau sur les camions. Quand je passai chez le chef du bureau courrier, celui-ci tint à m’informer de certains détails qu’il valait mieux que je connaisse à propos de mon chef.
C’était le début du cauchemar.
J’avais un chef féminin. Et elle était incompétente. Seulement, elle était amie avec tout le pool secrétariat et chef de service féminins du soutien. Et surtout, elle était la compagne occulte d’un député communiste féminin, « grande amie » du PDG et ayant ses antennes au syndicat majoritaire dans la boite. Bref, il valait mieux ne pas la contrarier. Elle était responsable de l’éviction d’un de ses chefs directs, et depuis, elle était évitée ou courtisée.
Je répondis un peu académiquement qu’être sous les ordres d’une femme ne me dérangeait pas. Et que les histoires de sexe en dehors des heures de travail ne me concernaient pas. Enfin, je n’avais pas de préjugés homophobes.



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