Le journal d’un magasinier en pièces détachées de roman.
Par Stéphane Perie.
Mysterium Conjonctivite - Chapitre II :
Journal d’un sans illusions à l’abri
Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)
Lamentables lamentations Episode 1
Moi qui, soit–disant, n’aimais pas être commandé, j’acceptais la logique de la soumission inhérente au travail d’ouvrier non qualifié. Je pensais "révolution" mais je ne levais jamais le poing. Je ne ressentais pas assez les secousses pour devenir un spécialiste du droit de la consommation, un environnementaliste, un inspecteur du travail, un empaquetteur d’affaires louches. Trop de contradictions dans la tête : Je suis un profiteur, un gosse de riches, un nanti. Un révolutionnaire de pacotille. Je ne suis rien. Je sais seulement que je ne sais rien. Un fabricant de projets invertébrés. Sans suite. Alors, fuite et glou glou.
Je n’ai pas toujours été en mode "veille–économie d’énergie".
Au moment de la première guerre du Golfe, je manifestais pacifiquement dans la rue. J’essayais de parler avec mes collègues de travail. Je lisais la presse, je constituais des dossiers sur tous les sujets dans lesquels j’avais envie de m’impliquer. J’avais très sincèrement l’idée de ne jamais en savoir assez. Je n’avais pas encore mis de blindage sur mes convictions.
J’espérais au fond pouvoir rencontrer des gens qui me démontreraient que mes idées politiques étaient trop radicales pour être légitimes, car ma conscience était déjà épuisée. Je n’ai pas de brevet de citoyen engagé mais j’ai refusé pendant quelques années de me résigner. J’ai même été objecteur de conscience mais, vous l’avez compris, j’ai cessé depuis longtemps de jacter.
Pourtant, personne ne m’a démontré que le rejet du libéralisme politique et mes préoccupations écologiques étaient à côté de la plaque, il s’agit d’une simple question de lassitude, de sentiment d’impuissance. Je n’aime pas ce qui se trame actuellement mais je ne sais pas comment entrer dans le monde futur. Est ce trop tard pour rejoindre les "objecteurs de croissance ? "
Je fais partie des gens tristes, effacés, qui subissent les aléas économiques, qui tiennent le coup en picolant parce qu’ils ont peur des médecins. Avec une maladie–alibi qui tombe à juste point pour me victimiser. Une belle pancarte autour du cou.
J’ai un cancer de la peau mais je sens que j’ai quelque chose de plus sérieux à extirper : Soit c’est ma rage qui s’est retournée contre moi, soit c’est mon foie qui se ronge tranquillement. Je suis heureux si tout s’arrête car je n’y crois plus. J’ai envie de finir ce brouillon de roman, avant de perdre toute envie.
Ma copine va toucher une prime si je ne meurs pas par suicide. Ainsi, mes dettes seront couvertes. Je vous laisse vous démerder avec les problèmes de pollution, de nutrition, d’énergie, de prolifération du nucléaire, d’eau potable, d’attentats chimiques...
Auguste Picrate, vendeur de moulin à vents et de bicyclettesJ’ai effacé le début parce que je trouvais cela indigne. J’y parlais, avec des pincettes, de la faim dans le monde, des problèmes d’eau portable et de la première guerre du Golfe ( 1991) ! Je parlais également de ma nouvelle coque de téléphone portable.